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Devenir femme médecin : «J’ai dû tout abandonner pour réaliser mon rêve»

Geneviève Barre durant ses années d'études.

En cette rentrée 2021, où des millions d’enfants reprennent le chemin de l’école, Univers’Elles souhaitait mettre en lumière le parcours d’une femme inspirante. À la fin des années 40, Geneviève Barre n’a pas hésité à quitter sa vie de château pour une minuscule chambre de bonne, afin de réaliser son rêve. Son livre autobiographique, Bourgeoise et rebelle, mon combat pour devenir femme médecin (Fauves Éditions, est un remarquable exemple pour les femmes d’aujourd’hui et de demain. Rencontre.

Rébellion, courage et bravoure. Dans la première moitié du XXe siècle, ces qualificatifs qui forçaient l’admiration définissaient majoritairement les hommes. Pourtant, des jeunes femmes, dont Geneviève Barre, pédiatre et pédopsychiatre de 84 ans, ont osé braver les interdits sociaux et familiaux pour s’émanciper en tant que femmes et atteindre leurs objectifs professionnels. Dans son livre, Bourgeoise et rebelle, mon combat pour devenir femme médecin (Fauves Éditions), elle témoigne de son histoire. Celle qui exerce encore aujourd’hui dans son cabinet situé à Versailles, a abandonné sa vie de château à l’âge de 19 ans, pour espérer, un jour, soigner et sauver des vies. Elle raconte.

« Née de sexe féminin en 1936 dans le monde préservé et privilégié de la haute bourgeoisie, je n’étais en aucun cas prédestinée à devenir médecin. Comme encore aujourd’hui dans de nombreux pays, la place que l’on me réservait n’était pas au travail, mais au foyer, sous l’autorité de mon père, puis de mon futur mari. J’ai cependant choisi un tout autre chemin, celui de devenir médecin. Or, pour réaliser ma mission de vie et assouvir ma passion, j’ai dû m’opposer à ma famille et envoyer valser les mœurs bourgeoises. Si aujourd’hui, la plupart des étudiants peuvent choisir leur voie, des millions de jeunes femmes restent privées d’éducation et ne peuvent travailler sans l’autorisation d’une figure paternelle ou maritale. À mon époque, qui n’est pas si lointaine que cela, il était coutume de se soumettre aux desiderata de nos parents. Notre opinion importait peu. Notre éducation était stricte, codifiée, et ne laissait aucune place à l’improvisation. Ma fratrie et moi-même avons été élevés par des domestiques. Nous ne passions que très peu de temps avec nos parents. Ils ont d’ailleurs, comme tant d’autres issus de ce milieu, failli aux besoins affectifs. L’autorité parentale ne devait en aucun cas être entravée par la tendresse, l’amour ou encore le contact physique, éléments pourtant essentiels au développement de l’enfant. »

« Ne laissez personne décider de votre avenir »  

« Si, jusqu’à mon adolescence, je me suis pliée aux exigences de la tradition, puisque je ne connaissais que cela, je ne supportais pas l’idée que mon avenir soit décidé à ma place. Je ne voulais pas suivre ma lignée féminine, et subir une vie qui ne me correspondait pas. J’avais envie d’aventures et ressentais le besoin d’aider, de soigner, de me sentir utile. Ma rébellion m’a beaucoup coûté, puisque mes parents n’ont pas supporté mon intrépidité, mais cette envie de soigner était dans mon ADN. Ce métier m’avait « choisie », et je me devais de l’honorer. C’est ainsi que je suis partie à 19 ans, avec ma petite valise et sans un sou en poche. Si j’ai dû prendre en main mon destin en enchaînant les petits boulots en plus des cours de médecine et des stages pour payer mon logement d’étudiante et subvenir à mes besoins, grâce à une rencontre qui a bouleversé ma vie, je l’ai bien vécu. Durant mon année préparatoire, j’ai rencontré un étudiant brillant, qui n’était pas issu du même milieu que le mien. Nous ne nous sommes plus jamais quittés. Bien que notre histoire ne fut pas du goût de mes parents, notre amour, fusionnel, nous a permis d’affronter ensemble les aléas de la vie. Nous nous sommes mariés en 1959 durant nos années de médecine et avons ouvert un cabinet médical à Versailles, où j’exerce encore aujourd’hui, à 84 ans, avec l’un de nos fils. 

Tout comme les premières femmes médecin, j’ai dû m’imposer et m’affranchir de l’arrogance, du dédain et de la misogynie des hommes dans le milieu du travail. Dans ma promotion, nous étions en effet que peu de jeunes femmes, une dizaine sur 200 étudiants environ. Il fallait donc redoubler d’efforts et prouver que nous étions tout autant capables d’exercer la médecine que les hommes. »

« Osez et réalisez-vous ! »

« Certes, à présent, la place des femmes dans la médecine a évolué. La gent féminine y est beaucoup plus nombreuse, mais les discriminations restent présentes. Comportements sexistes, harcèlement sur leur physique, ou leurs compétences professionnelles… Comme je l’indique dans mon livre, dans l’imaginaire collectif, une femme travaillant à l’hôpital est souvent une aide-soignante ou une infirmière, alors que l’image du médecin et/ou du chirurgien reste attribuée à l’homme. Heureusement, de multiples travaux sont menés pour accompagner la transformation des regards des professionnels de santé et de la société en général. L’un des objectifs aujourd’hui est de désexualiser certaines professions et de sortir des stéréotypes habituels.

Il est évident qu’il y a eu beaucoup d’avancées en un siècle, mais les femmes médecins et les autres doivent continuer le combat pour gagner leurs droits, leur dû. À tous les enfants du monde, je souhaite dire : si vous avez un rêve, un objectif, ne laissez personne vous dire que vous ne l’atteindrez pas. Débarrassez-vous de toutes croyances liées à votre environnement socioculturel ou votre éducation qui peuvent vous freiner, et foncez ! »

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