Ensemble pour une Afrique meilleure : l’engagement de Laurence Ndong

Depuis toujours, des femmes se battent au quotidien contre la pauvreté et les inégalités en tout genre. Actrices de la société civile, activistes, mais surtout femmes, piliers de ces mouvements pro-démocratiques et pro-liberté en Afrique, elles portent en elles la lutte pacifique en plus de leur vie professionnelle, personnelle et/ou artistique. Souvent mère de famille, ces femmes très occupées ont brillé par leurs actions au sein de la diaspora de leur pays respectif.
Laurence Ndong, enseignante engagée et ancienne
DG adjointe de la promotion de la femme au Gabon, en fait partie. Rencontre.

Après un début de carrière dans l’enseignement au Gabon, vous avez collaboré avec la Ministre de la Famille et de la Promotion de la Femme de 1 999 à 2002, année de votre démission. Quelles ont été vos actions ?

Au départ, j’étais pleine d’ambitions, mais très vite, j’ai vu les limites du gouvernement. Nous nous contentions de célébrer diverses journées internationales. Il n’y avait pas de mise en place d’actions pérennes et notre budget alloué était « anormalement » limité. Mais grâce à ma persévérance, j’ai tout de même réussi, avec l’aide de l’Unicef et de l’Unesco, à former des éducatrices et créer des cases communautaires (maternelles) dans les villages pour les enfants en bas âge. Je me suis également battue pour un second projet qui me tenait à cœur : la mise en œuvre d’haltes-garderies destinées aux « filles-mères », afin de leur permettre de poursuivre leurs études. Après mon expatriation en France, ces opérations n’ont malheureusement pas été prolongées car, disons-le clairement, le développement du pays est loin d’être l’objectif 1er des dictateurs, les Bongo.

A votre venue en France, où vous avez rejoint votre époux, vous vous êtes engagée activement dans le milieu associatif tout en préparant une thèse en Sciences de l’Education, jusqu’en 2008. Vous avez ensuite repris un poste d’enseignante de Sciences de la Vie et de la Terre, en région parisienne. A la suite d’une publication du Plan Stratégique Gabon Emergent (PSGE), vous avez été sollicitée pour aider à redynamiser la fédération PDG de France et désignée Déléguée Fédérale de l’UFPDG France en 2012. Pourquoi en êtes-vous partie 3 ans plus tard ?

J’ai accepté ce poste en annonçant clairement mes intentions. Il était hors de question que je fasse de la « politique politicienne ». Si Ali Bongo n’obtenait pas de bilan satisfaisant à la fin de son mandat, je combattrais le pouvoir en place. Et comme je l’avais prédit, je ne me suis pas reconnue dans les pratiques des membres du Parti. J’ai donc démissionné le 20 mars 2015. On a alors tenté de me soudoyer, chose que j’ai bien évidemment refusé. Je me souviens avoir répondu que si on souhaitait « m’acheter », il  fallait construire des routes, des maisons, des hôpitaux et des écoles. Je relate d’ailleurs mon expérience au sein de ce parti, les raisons de mon départ et les leçons que j’en tire dans un livre « Gabon, pourquoi j’accuse… » paru aux éditions Harmattan, le 8 mars 2016. Je me bats donc à présent pour lutter efficacement contre la pauvreté en Afrique. Pour cela, il faut s’attaquer à la mal-gouvernance afin d’améliorer les conditions et le niveau de vie des populations et lutter pour le respect de leurs droits. A travers mes associations Joseph et VEDAP, je m’engage ainsi pour l’alternance démocratique, l’éducation des populations, la lutte panafricaine et la protection des conjoints survivants et de leurs enfants car les politiques laissent ces sujets à l’abandon ! Nous devons revenir aux valeurs traditionnelles basées sur la solidarité, le travail et l’équité ! Je suis convaincue que la mobilisation citoyenne peut y parvenir.

Lire aussi : Connaissez-vous cette civilisation où les femmes ont le pouvoir ?

Enseignante, chercheuse, pasteur, présidente d’associations, conférencière, experte en approche Genre et Développement… Vous exercez de multiples activités.
Comment parvenez-vous à articuler ces multiples vies, en plus de celle d’épouse et de mère ? Quel est votre quotidien ?

Tout est une question d’organisation. J’ai aussi beaucoup de chance car mes enfants sont déjà grands et autonomes. En tant qu’enseignante, je bénéficie également des vacances scolaires, ce qui me laisse du temps libre. Mon emploi du temps est très cadré. Heureusement, mes chefs d’établissement ont toujours été compréhensifs. Mes 18h de cours hebdomadaires sont répartis entre le lundi et le jeudi après-midi. Généralement, en rentrant à 17h, je prépare le repas. A 19h, j’effectue 1h de repassage. Une fois couchée, je regarde mes cours, écris ou traite mes sujets associatifs. Je dors en moyenne 4h par nuit, ce qui me permet de travailler énormément. Je suis habituée à ce rythme car j’étais encore étudiante lorsque je me suis mariée et eu mes 5 enfants. Et puis, il faut l’avouer aussi, mon mari m’aide beaucoup. Il a souvent pris le relai. Nous formons une équipe soudée. Je n’ai pas la charge du foyer à 100 %.

Aujourd’hui, quelle image de la femme africaine avez-vous ?

Il y a une certaine discrimination à l’égard des femmes. Leur liberté est bafouée. Il faut leur donner accès à l’éducation, les outiller convenablement contre le harcèlement sexuel, encore beaucoup trop présent dans toutes les sphères de la société. Il faut créer des lois pour lutter contre cela, leur donner des noms d’organismes vers lesquels elles peuvent se tourner. Les femmes africaines sont fortes et courageuses. Ce sont elles qui tiennent nos sociétés, les familles, les villages. Mais leur travail à la maison et dans les terres n’est ni valorisé ni reconnu. Les indicateurs macro-économiques ne prennent pas tout cela en compte. Il faudrait peut-être qu’elles aient leurs propres indicateurs sociaux. En étant valorisées et soutenues, elles peuvent bouleverser le Monde !

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