Aide sociale cancer : quand la maladie amène à la solidarité

Reine Koloko, Présidente de l’association Aide Sociale Cancer, est une survivante. Touchée par un cancer de l’ovaire à 25 ans, cette jeune juriste s’est battue pour s’en sortir. Aujourd’hui en rémission, elle souhaite apporter son aide aux personnes touchées par cette affection. Témoignage.

« Mademoiselle, les résultats de la biopsie sont tombés. Vous êtes atteinte d’un cancer de l’ovaire, stade 2. Malheureusement, la tumeur a endommagé une partie de votre intestin, qui doit être retirée. Nous allons devoir vous opérer… »

Nous sommes le 23 mars 2016, 3 mois après les premiers symptômes. Cela fait à présent 15 jours que je suis hospitalisée. Les deux chirurgiens qui ont réalisé ma coelioscopie viennent m’annoncer la pire nouvelle de ma vie : je suis atteinte d’un cancer !
Moi, Reine, 25 ans, jeune femme « amoureuse de la vie », j’apprends que je risque de la perdre…
Les chirurgiens, bienveillants, continuent à me parler et tente de me rassurer. Mais je suis complètement abasourdie. Même si je sens que le ciel est en train de me tomber sur la tête, je ne réalise pas vraiment ce qui m’arrive. Je suis dans le déni. Affaiblie et désorientée, j’appelle mes proches pour les prévenir. Le lendemain, je suis transmise d’urgence à l’hôpital René Huguenin de Saint Cloud, et subis l’opération deux jours après : ablation de l’ovaire gauche, retrait de la tumeur et des ganglions ainsi que d’une partie de l’intestin. Le chemin allait être long mais j’allais m’en sortir. Les soins post opératoire se sont faits en douceur. J’ai dû réapprendre à m’alimenter progressivement avec l’aide d’une diététicienne. S’en sont suivies 10 séances de chimiothérapie, entre mai et septembre 2016.

Vivre normalement pour ne pas sombrer

Mon protocole de soins exigeait que je passe la nuit à l’hôpital. Pour penser à autre chose que la maladie, je m’offrais un week-end agréable la veille du traitement qui se déroulait le lundi. Sorties, cinéma, shopping lorsque je le pouvais… Bref, j’essayais de passer des bons moments. Le jour J, je m’apprêtais pour rester en harmonie avec moi-même. J’ai toujours été férue de mode et coquette. J’enfilais donc une jolie tenue vive et réalisais une coiffure sympa, car j’ai eu la chance inouïe de ne pas perdre mes cheveux. J’emportais également des magazines de mode pour rester au top de la tendance (rires). Dès le lendemain, je vaquais à mes occupations. Ma maladie ne devait pas gâcher mon quotidien. J’essayais d’avoir une vie « normale » avec mes amis et ma famille. Tout cela m’a permis de ne pas m’affaiblir psychologiquement.

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Pour guérir, rien ne vaut la « love thérapie »

Le soutien de mon conjoint, ma tante et mon amie a été primordial. C’est aussi grâce à eux que je m’en suis sortie. Le regard qu’ils posaient sur moi ne changeait pas, et je les en remercie. Leur attitude constante a été plus que bénéfique. J’ai fait le choix de ne pas révéler mon état physique à l’ensemble de mon entourage, car je ne souhaitais pas attirer la pitié. Les gens ne savent généralement pas comment se comporter dans ce type de situation. J’ai d’ailleurs perdu deux de « meilleures amies » qui, par peur, se sont éloignées. Cela m’a beaucoup affectée, mais qu’on le veuille ou non, un tri naturel se fait. Ces dans ces moments-là que l’on voit vraiment sur qui l’on peut compter. Le soutien et la présence peuvent aider le patient. On a besoin de se sentir aimé et entouré pour se battre et vaincre la maladie.
C’est dans l’amour de nos proches que l’on puise et décuple notre force.

Une solidarité sociale, pour soulager les patients

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Les patients isolés ont encore plus besoin d’un soutien, ne serait-ce que pour traiter l’administratif, qui est loin d’être simple. Les informations relatives aux aides ne sont pas si évidentes à trouver. Je m’en suis rendu compte lorsque j’ai sollicité une assistante sociale afin de prendre contact avec la ligue contre le cancer. Elle n’avait pas réponse à toutes mes questions. De plus, les démarches peuvent être assez longues auprès des administrations. Pour une personne qui subit les effets du traitement, c’est encore plus compliqué. C’est pour cette raison que j’ai décidé de créer l’association aidesocialecancer.com en janvier 2017. L’objectif est d’accompagner les patients souffrant de cancer ainsi que leurs proches dans leurs différentes démarches administratives, afin qu’ils puissent bénéficier des aides sociales.
Avec mon fiancé, nous nous sommes dit que cela pouvait être bénéfique pour les malades d’avoir ce poids en moins, car ils peuvent être confrontés à des problèmes financiers. Il y a de grosses institutions qui se battent pour les droits des souffrants. Grâce à aidesocialecancer.com, je leur prouve que la société ne les a pas oubliés. Cela m’a pris une année pour rassembler tous les éléments nécessaires et les différentes assistances existantes. Nous sommes actuellement quelques bénévoles à donner 1 à 2h de notre temps par semaine aux personnes dans le besoin. La solidarité peut remplacer le soutien dont on a besoin pendant le traitement.
Le cancer est un problème de santé publique. Tout un chacun se sent concerné par cette maladie, qui a touché un proche, un parent, un ami…
D’ailleurs, à la suite d’un post sur « Wanted », un groupe d’entraide sur Facebook pour « recruter » des bénévoles, j’ai reçu plus d’une centaine de messages. C’est très encourageant !

Reine Fyona cancer

A long terme, mon but est de pouvoir œuvrer dans la France entière, grâce à différentes antennes. Dans quelques années, j’aimerai pouvoir aider et accompagner les parents d’enfants malades. Alors, si vous aussi, vous souhaitez faire partie de l’aventure, vous êtes les bienvenus.

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