« Ils ont vendu mon frère »: le livre choc sur l’esclavage et l’immigration


Exil, danger, esclavagisme… Le manifeste « lls ont vendu mon frère » (éditions Fauve), écrit par Yannick W.J. Nambo, témoigne du douloureux chemin de l’immigration vécu par Jacky Moiffo et son frère. Alors que nous fêtons cette année le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, cette « traite inhumaine » est toujours d’actualité, au sein même du continent africain, en Lybie.

Extrait :

Ils-ont-vendu-mon-frere2J’attends des nouvelles qui ne viennent pas depuis le mois de juillet 2017. Ma famille et moi sommes suspendus aux coups de téléphone (…). Des images défilent sur l’écran, elles me sont familières. Des hommes noirs, entassés comme du bétail. Certains sont enchaînés. Leurs visages me semblent identiques. Ces traits, cette souffrance, cette détresse, je la connais… J’ai tout refoulé.
C’est bien lui que je vois : Félix, mon petit frère…
Je m’effondre. Si j’étais devant un ravin, j’y serai tombé, dans ce vide, dans ce trou noir, dans l’abîme. Je n’ose croire à ce coup de massue qui me renvoie à une réalité. Une réalité qui ressemble à un cauchemar. C’est lui, parmi eux, parmi ces hommes déshumanisés, c’est mon petit frère que je crois voir. Est-ce une vue de l’esprit ? Pourquoi je le vois lui ?
Parce que je sais qu’ils ont vendu mon frère…

Une histoire bouleversante… Un récit au réalisme poignant… Un témoignage qui marque les esprits. Ce livre, à l’écriture très imagée, nous plonge dans la réalité à laquelle sont confrontés toutes les femmes et tous les hommes qui rêvent de l’exil pour améliorer leurs conditions de vie, au péril de leur vie. Un choix contraint, et souvent subi. Un cri du cœur qui devrait tous nous transpercés et nous donner la force d’agir, afin de stopper irrévocablement ces honteuses pratiques. Yannick W.J. Nambo, nous livre son ressenti.

C’est à la suite d’une publication sur vos réseaux sociaux « Lettre à mon frère africain » en réaction à l’actualité en Libye que le journaliste Jacky Moiffo, alors en plein épisode d’horreur, vous contacte, pour vous raconter son histoire. Quelle a été votre 1ère réaction et pourquoi en avoir fait un livre ?

Pour être plus précis, j’ai réagi à l’actualité en Libye de manière spontanée. Je n’avais aucune idée de l’horreur que vivait Jacky. C’est mon éditeur, qui nous connaît tous les deux, qui a mis le doigt sur l’évidence de faire quelque chose de ce témoignage. Jacky a reçu, comme d’autres, mon texte. Nous nous sommes rapprochés et j’ai recueilli ses mots, ses maux, pour en faire ce livre. On espère qu’il sera lu par le plus grand nombre, pour le frère cadet de Jacky dont on est encore sans nouvelles, pour toutes les candidates et tous les candidats à l’exil, mais aussi pour tous ceux qui, sans le recul nécessaire, se laissent aller aux raccourcis et caricatures sur l’immigration. Plus largement, on parle quand même d’esclavage. De la négation de la condition humaine.

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Le député Guadeloupéen Max Mathiasin, préfacier de cet ouvrage, se bat pour éveiller les consciences : « Aucune femme, aucun homme ne quitte son pays au péril de sa vie en espérant que 50 % de mourir se transformeront en 50 % de chances de survivre…Organismes internationaux, Organisation des Nations Unies, Union Européenne, doivent être conscients que, sur des sujets aussi graves, leurs déclarations ne peuvent que se traduire par des actes forts. Mais nous savons parfaitement que la solution doit venir d’un meilleur développement de l’Afrique. Car ce continent recèle tout le potentiel humain nécessaire pour valoriser ses énormes ressources et modeler son destin. » Qu’en pensez-vous ?

Je suis tout à fait en phase avec les dires de Max Mathiasin. On ne peut plus faire comme si la vie de l’homme africain avait moins de valeur que celles des autres. Surtout, il faut lutter contre cette fuite en avant qui consiste à faire comme si on pouvait dissocier la politique en matière d’immigration française, de sa politique étrangère, en sachant que la première résulte en grande partie de la seconde. Je ne souhaite pas tomber dans le manichéisme, c’est un fléau qu’il faut aborder avec lucidité. J’ajouterai que si on veut parler de développement en Afrique, il faut d’abord agir sur certains préalables incontournables : le développement démocratique, l’état de droit, la bonne gouvernance. Avec ces prérequis, l’Afrique pourra faire bon usage de ses richesses et sera enfin une terre d’opportunité pour elle-même, en priorité.

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